Vouloir gagner et savoir perdre...

Publié le par Jazz

"...comment l'éducateur sportif peut-il préparer ses élèves à cette contradiction ?" (Epreuve du brevet d'état d'éducateur sportif)

La façon dont la question est posée, dans le contexte de l'éducation sportive, en dit déjà long sur la façon dont le sport est considéré, en France, de nos jours: Il s'agit de gagner ou de perdre. Zéro ou Un. Pile ou Face. Bon ou Mauvais.
Pas de place pour le moyen-terme, le ni-gagnant-ni-perdant. Si tu n'as pas gagné, c'est que tu as perdu. Au mieux on t'accordera les circonstances atténuantes pour adoucir ta peine, mais il te faudra accepter l'idée que tu as trouvé plus fort que toi, qu'il t'a vaincu.
Pas de place non plus pour le refus de cette conception manichéenne, tu dois jouer le jeu, tu dois vouloir gagner. Ca fait pas mal d'années qu'a été effacé de la convention olympique le célèbre "l'essentiel c'est de participer". Désuet. Désormais, il faut se préparer activement à vaincre. Seule la victoire est belle. Quant à perdre, c'est nécessairement une défaite. Peu importe ce que tu apprends en perdant, seul le résultat compte.
Bien sûr derrière cette conception du sport, il y a des enjeux financiers, des exigences de spectacle, de droits de retransmission, de loto sportif et du prestige national du nombre de médailles glanées aux JO.
Mais il y a aussi l'hypercompétitivité d'une société qui à tout instant pousse l'homme non pas à être heureux, non pas à être utile aux autres, même pas à être compétent dans ce qu'il fait, mais à être LE meilleur, LE plus riche, LE plus rapide, LE plus fort... Quitte à duper et à se doper.
Cette façon tellement simplsite de ne voir le sport qu'à travers un résultat - qui plus est un résultat relatif car fortement dépendant de qui est l'adversaire - ne peut que rater l'essentiel ! Car rapporter la complexité de l'activité sportive à une simple performance chiffrée ou à un classement, c'est la même absurdité que mesurer la complexité de l'intelligence par le quotient intellectuel.

L'essentiel dans l'activité sportive, se trouve ailleurs. Il est dans l'activité elle-même, dans le mouvement dont on est à la fois l'auteur et le bénéficiaire; il se trouve dans le dépassement de soi; dans le progrès qu'on accomplit jour après jour, dans la maîtrise de plus en plus grande du geste et de la technique; dans la façon dont se renforce le corps et le mental; il est dans la qualité de vie dont on pourra bénéficier dans 50 ans, quand l'activité sera restée une source plaisir, alors que les médailles dormiront au fond d'une malle.
Si gagner a un sens, au fond, ce n'est pas CONTRE un adversaire; ce n'est pas même pas CONTRE soi; c'est POUR soi.

Vouloir gagner? Savoir perdre? Plutôt VOULOIR NE PAS GAGNER, POUR EVITER DE SE PERDRE.


(Publié sur FaceBook, Avril 2009)

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