"L'aïkido est-il un art martial?" - 4
LE SPIRITUEL
On peut aller plus loin et explorer la dimension spirituelle. Se libérer de la peur de l'agression ne suffit pas encore. Tant qu'on considère qu'il y a risque constant d'agression, se savoir préparé à y répondre reste un rempart fragile, qui peut céder à tout instant si la peur trouve un motif de se renforcer.
Là peut intervenir la notion de ki et, si je comprends bien, la recherche spirituelle, voire religieuse, de Morihei Ueshiba: En considérant l'individu comme un élément de l'énergie de l'univers, et en cherchant à harmoniser l'individu avec le monde extérieur (ce que signifie aiki - union des énergies, intérieure et extérieure), la dimension spirituelle de l'aïkido résout la question de base des arts martiaux de "préserver son intégrité dans un environnement hostile" d'une façon radicale, en supprimant tout simplement le caractère hostile de l'environnement: si on arrive à se fondre en lui, il n'a plus de moyen de s'opposer à nous. Il faut pour cela arriver à placer l'aikidoka, son souffle, ses mouvements, dans le courant de l'énergie qui l'entoure, non pas en résistance contre lui mais en symbiose avec lui. De façon ultime, l'aïkido considère toute interaction avec le monde extérieur comme un transfert d'énergie (prêt-emprunt). Par exemple la respiration, kokyu-rokyu, est vue comme une absorption de l'énergie, qui circule à l'intérieur du corps pour en ressortir et enrichir le monde environnant après avoir enrichi son monde intérieur; union des énergies; aï-ki. Cette dimension-là semble proche de ce que je comprends du bouddhisme, mais aucun autre art martial ne semble la professer.