"L'aïkido est-il un art martial ?" - 3
Cessant de considérer autrui comme un agresseur potentiel, progressivement on cesse aussi de considérer que la vie est une lutte contre les évènements et les coups du sort, on cesse de se comporter comme s'il existait en enfer un être malveillant qui cherchait à tout instant à nous nuire. Ainsi l'aïkido aide à écarter toute sensation d'agression, humaine ou non, dans la vie quotidienne. Sa conception exclusivement défensive est un atout dans ce sens: inutile de chercher à attaquer un être abstrait, un démon ou le hasard, inutile de chercher un coupable, contentons-nous d'écarter fermement le danger ou la nuisance.
Cet aspect mental est là encore peu partagé par les autres arts martiaux, pour lesquels la construction mentale vise plutôt à vaincre en toute circonstance, à dominer, voire à rechercher – ou à inventer – une agression et un agresseur contre lesquels se battre, éventuellement à attaquer soi-même.
Il n'est pas fréquent non plus dans le domaine professionnel des entreprises privées, où la notion de compétition est omniprésente, non seulement contre les entreprises concurrentes mais souvent même entre collègues. Il s'agit de vaincre le rival - et le vocabulaire des entreprises regorge de termes guerriers – et quand celui-ci est vaincu, d'en chercher un autre et de recommencer. L'aïkidoka dispose des moyens pour aborder son environnement professionnel différemment, comme une opportunité de se dépasser et d'évoluer soi-même, de collaborer avec ses collègues, de faire progresser son entreprise, sans qu'il soit utile pour cela de vaincre le concurrent ou de dénigrer son collègue auprès de son chef.