"L'aïkido est-il un art martial?" - 5 et fin (provisoire...)

Publié le par Jazz

BUDO

Finalement, plutôt que de chercher à décider si l'aïkido est un art martial, on devrait sans doute abandonner ce terme vague d'Arts Martiaux: Il suffirait d'appeler technique de combat ceux qui se limitent au seul axe physique, comme par exemple le ninjutsu. S'ils ont mis en place une structure de compétition, et c'est le cas de la plupart d'entre eux, ils s'appellent simplement sports de combat, le but étant limité à  vaincre un adversaire. Le judo en fait partie, comme la boxe, l'escrime occidentale et tous ceux qui atteignent la notoriété par les championnats du monde ou les Jeux Olympiques. Quant aux quelques-uns qui ont ajouté l'axe mental et l'axe spirituel, comme l'aïkido ou le iaïdo, autant les appeler budo.

 

LES DIMENSIONS EN PRESENCE

Une façon simple, il me semble, de différencier les budo et les sports de combat, c'est de considérer les dimensions en présence. 

Il y a dans le sport de combat deux dimensions, soi-même et l'adversaire, appelons-les le 1 et le 2: On se développe soi-même (1) et on développe sa relation – en principe une relation de force - avec un adversaire (2). En fait, le 1 ne se développe que grâce au 2; en l'absence d'adversaire à vaincre, le sport de combat perd son sens.

Il y a dans un budo 2 dimensions aussi, mais il s'agit du 1 et de l'infini. On se développe soi-même (1) et on développe sa relation avec le monde entier (infini). Le 2, l'adversaire, est inutile dans ce contexte; il n'existe que comme une part de l'infini. Et comme le monde entier est permanent, le budo vit en permanence.

 

C'est là que se résout le paradoxe de l'aïkido, le fait que l'aïkido cherche à préserver l'intégrité de l'attaquant. Il n'y a, dans la réception de l'attaque par l'aïkidoka (1) - du moins arrivé au stade ultime - que la prise en compte d'un transfert d'énergie en provenance du monde extérieur (infini).  Puisqu'il fait partie de notre environnement, non seulement blesser l'attaquant est inutile une fois qu'il est neutralisé, mais ça devient même nuisible au même titre que de polluer l'air qu'on respire: n'est-on pas, en le blessant, en train d'abîmer une part de notre environnement, de diminuer un peu l'énergie du monde ? Et sait-on quel effet cette blessure aura, dans le futur? Plutôt que comme une agression, l'énergie de l'attaque, comme toute autre forme énergie reçue par l'individu, doit pouvoir arriver à être perçue comme un prêt, reçu avec gratitude et rendu avec générosité...

 

UN ART...

Alors si le but des arts martiaux est essentiellement de préserver son intégrité dans un environnement hostile, peut-on vraiment appeler art martial une conception qui  refuse de considérer l'environnement comme hostile et attache autant d'importance à préserver l'intégrité des autres? Ne vaudrait-il pas mieux l'appeler... Art de vivre ?

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