Rapport au maître et à l'autorité

Publié le par Jazz

Les arts martiaux sont un domaine où le rapport à l'autorité est assez particulier. On y trouve un mélange de 'starisation' et de culte de la personnalité d'un côté, et de véritable humilité de l'autre.
Le maître ominiscient et incontestable résiste assez mal à l'usage s'il ne s'appuie pas sur de véritables compétences, puisque les maîtres de budô continuent la pratique jusqu'à un âge avancé et sont amenés à compenser leur faiblesse physique progressive par une plus grande expertise technique et une plus grande maîtrise des principes fondamentaux de leur art. On a ainsi vu par exemple Nobuyoshi Tamura faire évoluer son aïkido au fil du temps, d'un grand dynamisme très martial vers une quasi-immobilité et une immense concentration de l'énergie.
Pourtant, la tentation reste grande chez certains de se forger un statut (et même une statue!) de commandeur et de maintenir leurs élèves dans une position de dépendance, voire d'asservissement. Cette posture, qui cache mal la conviction qu'ils ont que sans elle ils devraient s'avouer leur relatif manque de valeur, cette posture est assez évidente au vu des démonstrations publiques qu'ils donnent.
Les vidéos de Steven Seagal, auto-proclamé grand maître en sont un exemple. Abusant de son gabarit, il fait preuve envers ses partenaires d'une grande brutalité qui serait inutile si seulement il bougeait un peu plus... Mais ce type est une célébrité qui ne peut pas se permettre de paraître en difficulté, quel que soit le prix que ses élèves doivent payer. Une inutile brutalité tout juste propre à signifier "je suis le maître et je te casserais si je voulais".
J'ai connu un professeur dont le style, personnel et intéressant par certains côtés était gâché par cette tendance affirmée à imposer son image de maître et à diminuer tous ceux parmi ses élèves qui manifestaient la moindre vélléité d'indépendance ou d'émancipation.
Par contraste, mon premier professeur et mon professeur actuel sont, eux, de véritables maîtres, non seulement par leurs qualités techniques mais d'abord par... le fait qu'ils ne cherchent jamais à l'être. Ils donnent leurs conseils en les expliquant, sans les asséner, ils laissent de la place à chacun pour expérimenter, acceptent la contradiction, admettent qu'ils n'ont pas toutes les réponses, font preuve d'une grande chaleur humaine et continuent inlassablement à faire évoluer leur art plutôt que de dispenser un style figé.

Résultat, on vient chercher chez eux des pistes et des questions plutôt que des réponses et un dogme.
C'est sans doute cela qui pour moi définit le mieux un maître.

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