« L'aïkido est-il un art martial ? » - 2

Publié le par Jazz

AIKIDO ET NON-VIOLENCE

Les techniques sont très variées, dans leur contexte et leurs formes, contre un ou plusieurs adversaires, avec ou sans armes, debout ou à genoux, par devant ou par derrière, avec une multitude de variantes pas vraiment codifiées, et cette variété concourt à faire de l'aïkido, plus qu'en judo ou en karaté, je pense, une sorte d'école de la vie et de sa diversité. Directement issues des bu-jutsu anciens, les techniques ont toutes la particularité d'être exclusivement défensives, de viser uniquement à éloigner l'attaquant par une projection ou à l'immobiliser par des clés d'articulations et ce faisant, elles attachent une grande importance à préserver l'intégrité de l'attaquant aussi. C'est une différence fondamentale avec les autres arts martiaux en général. Et ça renforce le travail de domination de sa peur. Car il est tentant d'en faire trop sur un adversaire vaincu, il est facile de frapper un homme à terre et désormais sans danger, par pure vengeance, juste parce qu'on a eu peur. Mais quand on surmonte sa peur, quand on ne la laisse pas vous envahir, on abandonne aussi la violence, l'agressivité. Pas besoin alors de s'acharner sur l'adversaire; on s'est débarrassé de lui, s'il ne réattaque pas, tout est pour le mieux; il n'est pas détruit, il est possible de ne pas l'humilier, de lui éviter de transformer sa violence en haine. Les autres arts martiaux – et une majorité de nos concitoyens dans la vie de tous les jours - ne considèrent qu'ils ont atteint leur but que lorsque l'adversaire est vaincu. En aïkido, on s'arrête lorsque l'adversaire cesse d'attaquer; il n'a pas besoin d'être vaincu, juste d'abandonner son intention agressive. Et s'il le fait de son plein gré, cela constitue même une victoire pour lui !

 

LE MENTAL

Se débarrasser d'un adversaire sans le détruire n'est pas d'une grande utilité dans la vie quotidienne. Qui aura à faire face à une attaque physique, ne serait-ce qu'une fois dans sa vie? Et par contre, combien d'autres agressions subit-on quotidiennement ? A la maîtrise physique, et à la maîtrise mentale de soi qui l'accompagne, l'aïkido ajoute donc une dimension mentale plus vaste. L'aïkido élargit la notion d'environnement hostile au-delà de l' attaque par un adversaire, et la notion d'intégrité au-delà de l'absence de blessures et de mort. Il cherche à former l'esprit de façon à détourner et annihiler TOUT TYPE d'agression. 

Débarrassé de la peur physique des autres, on en vient ensuite à se débarrasser de la peur tout court des autres, à les considérer avec bienveillance et en attachant davantage d'attention à ce qu'ils sont plutôt qu'à la façon dont ils interagissent avec nous-mêmes. Il se crée d'ailleurs un cercle vertueux puisque cette attitude réduit les occasions d'être agressé, verbalement ou par les actes, parce que les autres ressentent l'ouverture d'esprit et l'absence de méfiance qu'on leur porte. Cette attitude mentale me semble être le premier lien qu'on puisse établir entre l'aïkido et le bouddhisme.

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