L'aïkido, profondément japonais

Publié le par Jazz

A la lecture d'un passionnant bouquin qui décrypte la civilisation japonaise contemporaine à travers les lunettes d'un universitaire anglais*, on réalise que l'aïkido est sans doute le plus authentique des arts martiaux japonais, c'est-à-dire celui qui est le plus en phase avec les fondamentaux de la culture japonaise.

Ce sur quoi insiste l'auteur, et qu'il illustre par des analyses détaillées, c'est à quel point "les catégories mentales et les mécanismes de pensée propres aux Japonais leur permettent de dépasser ce que nous percevons comme des oppositions et des contradictions".

Ainsi du discours: la communication orale "ne devrait jamais conduire à la la confrontation ou au désaccord. L'harmonie interpersonnelle est essentielle, dispute ou débat sont évités. La pensée binaire est généralement considérée comme une abomination. Le mot 'hai' peut être pris au sens de 'oui' mais il peut en fait signifier n'importe quel degré compris entre 'oui' et 'non'! On ne doit jamais dire non au Japon, on doit laisser à l'autre le soin d'identifier les signaux négatifs qui sous-tendent un 'oui'. En disant 'non', on écarte toute intimité et toute communication future; cela équivaut à une déclaration de guerre."

Cette logique paraît incompréhensible à nos cultures occidentales, ancrées dans la pensée absolue et binaire héritée des systèmes monothéistes et de la philosophie grecque. En fait, au Japon, "le but ultime ne réside pas dans les distinctions, mais dans la synthèse et l'harmonie. Si l'on peut faire une distinction entre bien et mal, il n'y a pas de 'wa' (d'harmonie)".

C'est ici que se fait jour la spécificité de l'aïkido: point de combat ou d'opposition, pas d'attaquant ni d'attaqué, pas de vainqueur ni de vaincu. Il s'agit en aïkido de recevoir une énergie donnée par l'autre, d'en modifier la direction, d'y ajouter la sienne, et de créer à partir de ça quelque chose d'autre… il ne s'agit pas de dire non à l'attaque, mais un oui intermédiaire, qui "laisse à l'autre le soin d'identifier le degré" de désaccord. Il faut dire que la vivacité de la chute est un très bon indicateur de ce degré :-)

 

*Alan Macfarlane, "Enigmatique Japon", Ed. Autrement

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