Tea-party ou tea-bloqué ?
La peur est un puissant moteur des actions et des réactions humaines. Le plus puissant, peut-être; question atavique de survie.
Malheureusement les réactions induites par la peur sont souvent irrationnelles, irraisonnées et irraisonnables. Sous l'influence de la panique, de la terreur ou de l'angoisse, l'homme agit même de façon contradictoire. Le modèle du "fight or flight" est vite dépassé, l'homme terrorisé peut se rouler en boule les mains sur la tête, obéir aveuglément à son bourreau, ou sauter du haut du World Trade Center. Le management façon 'Full Metal Jacket' n'a pas d'autre but que de susciter ces réactions totalement contradictoires.
Ma théorie personnelle est que réciproquement, on peut toujours expliquer un comportement irrationnel par la peur et c'est particulièrement vrai des comportements agressifs.
Ainsi, l'autoritarisme, l'excès de pouvoir injustifié des puissants, qu'ils soient dictaeurs, hyperprésidents ou PDG du CAC40, peut facilement se ramener à la peur: celle d'admettre qu'il ne sont pas aussi puissants qu'ils aiment le croire, donc d'amoindrir leur valeur, leur image à leurs propres yeux, et la peur est alors d'autant plus forte qu'ils ont une faible confiance en eux et peu d'autres preuves de leur valeur que leurs signes extérieurs de pouvoir.
D'ailleurs, cette peur de voir se dégrader son image de soi doit être la forme la plus répandue, chez l'employé de bureau prêt à tous les croche-pieds comme chez l'homme qui tabasse sa femme ou chez l'automobiliste qui vous fait une queue de poisson parce que vous ne l'avez pas laissé passer.
Là où je coince, c'est à comprendre la virulence des attaques des tea-parties aux Etats-Unis. De quoi ont peur les ultra-conservateurs pour être aussi hystériques? Qu'y a-t-il de vital dans leur existence qui soit menacé par la politique - pourtant bien timorée - d'Obama ? Je n'imagine pas un instant que leur idéal politique, social ou économique ait une valeur telle qu'ils soient épouvantés à l'idée de ne pas l'atteindre. Ils n'ont pas peur pour leur vie, la plupart ne sont pas assez riches pour redouter la pauvreté, ils n'ont pas de raison d'avoir une image d'eux-mêmes particulièrement forte. Alors quoi?
Quitte à observer les conservateurs américains, on comprend bien mieux par exemple la terreur qui mobilise les 'créationnistes' qui délirent sur la création du monde en 7 jours, il y a à peine 6000 ans, par un Dieu qui a créé Adam et Eve dans un jardin... Pour eux, admettre la théorie de l'évolution et refermer la Bible, c'est faire face à la possibilité d'un monde sans Jugement Dernier pour les récompenser de leur triste vie terrestre, un monde où la mort n'est que la fin de la vie. L'angoisse de la mort est un ressort bien assez puissant pour engendrer une multitude de comportement irrationnels , de l'astrologie au port d'arme, des bébés Nobel au spiritisme, de la recherche d'une politique ultra-sécuritaire au créationnisme.
Mais les tea-parties? Faut-il penser que depuis des décennies, beaucoup d'Etats-Uniens ont fini par intégrer l'illusion qu'ils étaient les maîtres du monde, et que les signes de plus en plus nombreux que cette ère est terminée soient insuportables à certains, pour qui l'appartenance au pays fait partie intégrante de leur identité et qui veulent à toute force retenir leur splendeur en rejetant sur le gouvernement actuel l'affaiblissement du pouvoir économique national ? Ce serait encore une fois la peur de la dégradation de son image qui est en jeu, mais une image intégrant une dimension nationale à laquelle ils accordent une grande valeur protectrice.
Si c'est ça, c'est ennuyeux si on considère ce que le sentiment patriotico-nationaliste est capable de produire comme excès, comme guerres et comme fanatisme. Et si c'est ça, il reste au monde politique à réfléchir comment éradiquer cette peur. Par quelle information, quelle éducation, quelle action, quelle sagesse, quelle écoute, quelle vision... L'histoire, qui ne s'est pas faite qu'avec des Napoléon ou des Staline, a quelques exemples saisissants d'hommes d'état à proposer, qui ont dans le passé su transformer la peur ou la vindicte des peuples en espoir et en force active.
Obama est-il de la trempe des Gandhi, Mandela, Dalaï Lama ou Luther King ?