Ski tanden

Publié le par Jazz

Les Japonais ont coutume de situer la source de l'énergie qui circule à travers nous, ainsi qu'entre nous et le reste de l'univers, dans le seika tanden, le point quelques centimètres sous le nombril, qui est le centre de gravité de l'homme debout.

 

C'est une notion centrale dans les arts martiaux, et avec le temps on réalise à quel point l'efficacité d'une technique d'aïkido dépend avant tout du placement de ce point par rapport à celui du partenaire. A ce sujet le mouvement des hanches est primordial. En aïkido, il s'agit d'être toujours centré et de chercher à décentrer l'attaquant. Autement dit, la colonne vertébrale doit rester aussi verticale que possible, la ligne joignant les hanches aussi horizontale que possible, le seika tanden dirigé vers le partenaire et plus bas que le sien. Lui, en revanche, doit se retrouver dans une position où l'un (et de préférence plusieurs) de ces éléments n'est pas maintenu. C'est le mouvement des hanches, en translation selon les trois axes et en rotation, qui assure le gros de ce déplacement, avec l'aide des membres inférieurs - alors que les membres supérieurs, eux, jouent un rôle beaucoup plus modeste qu'on ne croit, qu'on ne voit -.

 

Ce principe de placement des hanches s'applique très bien aussi à la conduite moto. On est moins libre, assis sur une selle que debout sur un tatami, mais il reste la rotation et orienter ses hanches de façon à ce que le seika tanden soit dans la direction où doit aller la moto (par exemple vers l'intérieur du virage), permet de relâcher les épaules et les bras: tout comme dans les arts martiaux, les membres supérieurs jouent un rôle modeste. De plus, le placement des hanches permet de maintenir la colonne vertébrale verticale, ce qui permet des temps de réaction beaucoup plus courts en cas de danger: on anticipe mieux les sorties de virage et le corps étant déjà équillibré, il n'y a pas de transfert de masse latéral à effectuer pour faire un écart ou récupérer d'une glissade. On se sent beaucoup plus détendu au guidon, coudes bas, épaules relâchées et nuque mobile.

 

Et à ski la position est encore identique: épaules toujours dans l'axe de la pente, hanches dirigeant le mouvement avec l'aide des membres inférieurs, que ce soit pour de la godille ou des courbes larges, dans les murs et sur les boulevards, et mobilité verticale permettant de placer le seika tanden au plus bas. On en vient à considérer les pentes enneigées comme un partenaire d'aïkido à part entière, qui joue avec nous et nous offre à chaque instant des situations nouvelles (obstacles, bosses, glace,...) avec lesquelles il faut composer pour atteindre son but - descendre le plus vite possible en restant debout.

 

Finalement la vie en général, comme l'aïkido, comme le ski, comme la moto, c'est cela: placer son centre dans la direction où on veut aller, et avancer en évitant les obstacles et en déviant les attaques, dans un jeu perpétuel offert par de multiples partenaires, humains ou non.

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Publié dans Arts non martiaux

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