Mélomane ou acousticien ?
Il y a une tendance, dans le monde de la musique, à la recherche de l'absolu. Une sorte de mythe de l'instrument idéal, de l'auditorium parfait, de la chaîne audio de qualité insurpassable. Il se dépense des fortunes pour un simple amplificateur à lampes ou une paire d'enceintes acoustiques.
Un célèbre magazine de musique classique s'est ainsi fait une spécialité de critique de matériel HiFi, et considère avec dédain tout matériel à moins de 1500 euros et incompatible avec le format SACD...
Ce genre d'attitude laisse songeur. On se demande si à l'écoute d'un disque, ces jusquauboutistes prêtent la moindre attention à la musique en tant qu'expression d'une émotion ou bien s'ils sont accaparés par la justesse de l'interprétation selon leurs canons et par la qualité de la prise de son.
C'est à mon avis confondre le but et le moyen. C'est aussi s'interdire d'apprécier la musique ailleurs que dans un auditorium ou une salle de concert et se priver de déguster Bach en voiture ou Miles Davis dans le métro.
La réalité c'est qu'un enregistrement de Pablo Casals de 1930 peut vous prendre aux tripes malgré la qualité pourrie et les craquements du 78 tours repiqué. Et qu'aussi parfaite que soit sa prise de son, le dernier Hilary Hahn vous laisse froid.
D'ailleurs, pas plus que la chaîne Hifi, l'instrument ne fait la qualité de la restitution musicale ni la beauté de la musique. Anecdote révélatrice, récemment des violonistes experts, interprètes expérimentés, ont été piteusement incapables de différencier en aveugle un Stradivarius d'un bon violon moderne malgré qu'ils les aient joués eux-mêmes.
Laissez moi mon iPod et un bon casque, et que mon budget musique passe dans l'achat de 10 CD plutôt que dans un dixième du lecteur Diapason d'Or...