Pour assimiler Spinoza, il faut un peu de temps...

Publié le par Jazz

En fait, la sécurité est une invention récente.  Les dictionnaires de citations regorgent de pensées profondes ou anecdotiques sur le bonheur, la liberté ou la vie, mais à la lettre S, ils passent directement de "secret" à "séduction". C'est normal, la sécurité, qui n'est que la garantie que l'avenir préserve tout ce à quoi nous tenons, n'a de sens que quand on peut envisager l'avenir et quand on a quelque chose à perdre. Pour les habitants du Bengladesh ou des campagnes françaises d'avant 1789 c'est la survie qui est en question, pas la sécurité.


Mais si la sécurité préoccupe les habitants du monde occidental maintenant que leur niveau de vie leur assure l'essentiel, d'où vient que l'engouement a atteint les Etats? Serait-ce d'avoir lu Spinoza, qui établit que l'Etat est fait "pour libérer l'individu de la crainte, pour qu'il vive autant que possible en sécurité" ? Serait-ce donc à lui qu'on doit les tasers, les portiques de contrôle, les plans Vigipirate, les radars, la vidéosurveillance, les expulsions de Roms, les gardes à vue, les armes des policiers municipaux, les vaccinations H1N1, la loi loppsi, et toute cette sécurité médiatique à la petite semaine?


Peut-être faudrait-il pour nos dirigeants se demander ce que signifie la sécurité pour le Français d'aujourd'hui... peut-être réaliserait-on que ce n'est pas le risque de se faire piquer son iPhone qui le fait flipper. Peut-être son angoisse de grand consommateur d'anxiolytiques vient-elle plutôt de l'incertitude d'avoir encore un emploi demain malgré la mondialisation, et un salaire décent qui lui permette de payer son appartement, les études de ses mômes et le nouvel écran plat 54 pouces que la pub lui martèle d'acheter... Peut-être la sécurité que l'Etat doit lui assurer réside-t-elle plus dans la satisfaction des besoins fondamentaux des individus, tels que la santé, face aux médicaments tueurs, aux déremboursements et à l'éloignement de la retraite, ou l'éducation, face à l'irruption de professeurs sans formation, ou la cohésion sociale, face à la stigmatisation des minorités...


L'avenir que l'Etat doit garantir n'est pas à l'échelle de la journée mais de la décennie. Et rien ne laisse penser que cette échéance préoccupe un tant soit peu nos élites quinquennales.

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