Peut-on mesurer les traces de gasoil ?
Mon pote motard Christophe-Baban se demandait un jour en rigolant si on pouvait " étudier la corrélation entre la baisse du nombre de tués sur les routes et l'augmentation du nombre de Parkinson et Ahzheimer ?"
Ca me rappelle ce commentaire lu à l'occasion du décès d'un chanteur américain à la carnation indéterminée: "si tu n'es pas mort à 50 ans c'est que tu as loupé ta vie"...
Il y a quelque chose d'extraordinairement frappant dans les décès sur la route, si on regarde les chiffres: Il décède un demi-million de personnes en France chaque année (509 408 en 2007 pour être précis !). Dont 4500 sur la route, c'est-à-dire moins de 1% !!
En réalité, il meurt 34 fois plus de personnes chaque année d'un cancer que d'un accident de la route, 33 fois plus d'une maladie cardiovasculaire. Même les maladies de l'appareil digestif tuent 5 fois plus que la route!! Pour autant parle-t-on 5 fois plus dans les médias des maladies digestives que des accidents de la route ? Investit-on 34 fois plus d'argent public dans la lutte contre le cancer que dans les radars, les contrôles de police, et les jugements d'excès de vitesse?
Eh bien, le 'Plan Cancer' lancé à grand renfort de déclarations politiques mobilisait en 2007 un budget d'environ 200 millions d'euros (prévention/dépistage/soins) d'après un rapport de la Cour des Comptes. Et les radars ? Autant (212 millions en 2009, investissement et fonctionnement) !!
Même si au fond l'idée c'est de lutter contre la mort violente ça ne colle pas:. pour 4500 morts annuels sur la route, il y a 10 000 morts par suicides (estimation basse) et 20 000 morts par accident domestique !! Si vraiment le souci de la santé publique et le poids social des morts violentes était le motif de la débauche de communication et de moyens mis à disposition de ce qu'on appelle la "sécurité routière", il serait bougrement plus rentable de s'attaquer de front aux accidents domestiques.
Pourquoi ne le fait-on pas ?
Je vois deux éléments de réponse:
Le premier est économique: la lutte contre les accidents domestiques, d'une façon ou d'une autre, aurait un coût pour la société, alors que la "sécurité routière" rapporte: pour les 212 millions qu'ils coûteront en 2009, les radars rapportent... 550 millions. Une manne fiscale!
Le deuxième est méthodologique: la vitesse, ça se mesure très facilement, ce qui permet de déployer des contrôles à grande échelle et automatisés. Faute de pouvoir mesurer les autres facteurs de risques routiers ( distraction, fatigue, incompréhension de la signalétique, présence de nappe de gasoil dans un virage...) on se contente de mesurer la vitesse, on prétend que ça recouvre la totalité de ce la "sécurité routière", et zou.
Alors que mesurer les facteurs de risques domestiques, c'est aussi perdu d'avance que mesurer les traces de gasoil sur le bitume ...
(Publié sur FaceBook, Juillet 2009)