Petites hypocrisies post-coloniales
Il y a guère plus d'un an, un homme politique français déclarait, à l'occasion de la réélection suspectement triomphale de Ben Ali à la présidence tunisienne:
" [la Tunisie] est un pays stable,... ami de la France,... incontestablement en Tunisie beaucoup de gens aiment le président Ben Ali".
La clairvoyance éblouissante de cet homme, qui tout en concédant du bout des lèvres que "la Tunisie n'a[vait] pas les mêmes critères démocratiques que nous", insistait pour "qu'on puisse donner un label 'Ami de la France' " puisqu' "il faut voir que la Tunisie est un pays qui commerce avec nous", cette clairvoyance, donc, s'explique par son titre de président de l'amicale parlementaire France-Tunisie...
Il faut aussi reconnaitre que la conception démocratique de Ben Ali n'est pas si éloignée que cela de celle de cet homme qui a, au fil du temps, inventé le "devoir de réserve pour les lauréats du Prix Goncourt qui critiquent la politique du président de la république française", prôné le rétablissement de la peine de mort, créé le couvre-feu dans sa commune en 2005, et remis un rapport sur le port du voile intégral qui a fourni quelques arguments à une loi récente.
Ce grand humaniste, marqué à vie par la célèbre réplique "Mais y connaît pas Raoult ce mec ! Y va avoir un réveil pénible, j'ai voulu être diplomate, mais maintenant c'est fini", et qui donc refusa de reloger quelques familles africaines au motif que "Le Raincy c'est pas Bamako" fut aussi, pendant 6 mois sous Juppé, ministre de l'intégration et de la lutte contre l'exclusion, trouvez l'erreur.
On a les hommes politiques qu'on peut - y compris les femmes puisque je me suis laissé dire que le ministre des affaires étrangères serait une femme. La bonne nouvelle c'est qu'en démocratie, on les choisit. La mauvaise c'est qu'on arrive à en choisir des pareils...