Le vieil homme
Le vieil homme avance avec difficulté, les pas sont peu assurés, il s'appuie sur le piano comme sur un déambulateur. Tout-à-l'heure il se lèvera du tabouret avec la même difficulté, agrippé au piano, et fera un geste lent de la main pour dire au revoir. Même le sourire sur son visage sera lent à éclore. A 85 ans, laissons au temps le temps de prendre son temps.
Entre-temps...
Le vieil homme aura posé ses mains sur les touches du piano. Il sera resté quasiment immobile.
Mais d'où viennent ces notes qui éclosent dans le silence? Ces accords pensifs, sereins, bientôt suivis d'un chapelet de perles qui tressent un Nocturne de Chopin, ou un Prélude de Debussy? D'où viennent, maintenant, ces envolées virtuoses alors que le vieil homme bouge si peu qu'on peut savourer la beauté de cette musique les yeux fermés ?
Elles sortent, comme son souffle, de l'homme assis devant le piano, qui joue avec la même passion, la même fraîcheur et la même ingénuité depuis 60 ans.
On vient d'entendre Aldo Ciccolini.
On vient de constater que la passion de la musique confère la jeunesse éternelle.