Le mythe toxique du dépassement de soi
Un an avant le début de ce quinquennat, le psychiatre Christophe André publiait un best-seller sur l'estime de soi, "Imparfaits, libres et heureux", où l'on relevait ce passage prémonitoire dont le ton tranche avec les propos habituellement pondérés de l'auteur:
A force de récupérer en psychothérapie des cadres ex-battants sévèrement déprimés, à force de les voir abîmer leur santé, de les voir passer à côté de leur vie de famille, avoir recours à l'alcool, aux somnifères, et finalement sombrer dans de graves dépressions, j'en suis venu à détester ce stupide mot de 'challenge'. Il représente à mes yeux toute l'idéologie malsaine des années 1980-1990, avec ses 'winners' et ses 'losers', et son culte imbécile et toxique de la performance pour la performance ...
J'ai beau souligner à quel point l'action est l'oxygène de l'estime de soi, je sais aussi à quel point elle ne peut-être son unique levier; le succès comme seul idéal et l'action comme seule identité représentent clairement un très mauvais socle de vie.
On peut passer totalement à côté de sa vie en fuyant et en esquivant l'action. Mais on peut aussi passer à côté en fuyant dans l'action. Rien de plus facile: il suffit de réagir, ce qui n'est pas tout-à-fait pareil que d'agir.
Il faut absolument ré-élire Nicolas Ier, sinon... sa femme partie, ses anciens ministres qui le harcèleront par vengeance, les gamins qui lui jetteront des pierres dans la rue, Berlusconi en prison, sa Rolex au clou, Bolloré qui prétendra avoir revendu son yacht aux croisières Costa, tous les signes extérieurs de succès disparus, le pauvre bougre traïnera de cure de désintox en foyer pour SDF avant de finir reconduit à la frontière.