L'Homme, la Société et la Vie; Livre 2
Puisque donc on vit au siècle de la peur institutionnalisée, regardons-la en face. De quoi avons-nous peur au juste?
De la mort, qui viole notre besoin fondamental numéro 1, la survie? Parce qu'elle est la perte de tout ce que nous avons amassé et construit? Ou la perte de nos proches? Ou alors parce qu'elle est une grande porte sur l'inconnu?
Ne serait-ce pas plutôt la peur de l'agonie, qui viole en plus notre besoin fondamental numéro 2, le bien-être? De la souffrance, de la déchéance progressive et inéluctable? Woody Allen déclare «ce n'est pas que j'ai peur de la mort mais je préférerais ne pas être là quand elle arrivera». On est nombreux dans son cas, et plus nombreux encore à préférer ne pas être là, à ne pas être conscient, quand la déchéance arrivera.
Mais au fond, ce dont nous avons le plus peur, ne serait-ce pas de la vie? Parce qu'elle ne saurait nous garantir ni le besoin n°1 ni le n° 2? Parce que la seule certitude c'est qu'elle doit se terminer et qu'avant ça, elle traîne son cortège d'incertitudes, de futur, de potentielles blessures de tous ordres ?