Innumérisme

Publié le par Jazz

On parle beaucoup de l’illettrisme, mais quid de son équivalent numérique ? De l’incapacité à comprendre les valeurs chiffrées, dont on trouve sans difficulté des exemples quotidiens dans les media (soit de leur fait, soit du fait des gens qu’ils citent) ?

 

Un exemple parmi d’autres, ce titre du Figaro du 20 avril « La pluie se fait rare depuis janvier, la sécheresse rôde » qui explique et souligne en gras : « Plus de 50% des réservoirs affichent un niveau inférieur à la normale » [pour un mois de mars].

Voyons voir… la ‘normale’ c’est ce terme impropre utilisé en général pour désigner la moyenne (d’une distribution normale), donc aussi la médiane, c’est-à-dire que par définition 50% des unités mesurées sont en-dessous de cette valeur, 50% sont au-dessus et à peu près 0% pile dessus. Le Figaro peut donc sans problème reprendre le même article tous les ans, une fois sur deux tel quel, une fois sur deux en remplaçant "inférieur" par "supérieur". Remarquons aussi que si 100% des réservoirs étaient à un niveau supérieur à la normale, ce serait une situation tout-à-fait exceptionnelle, et le Figaro aurait titré dramatiquement « inondations monstres sur tout le territoire ».


Donc dans cette affaire l’information significative, et totalement absente, ce serait 1/combien d’eau en moins, et 2/ comment cet écart ce compare-t-il aux années précédentes ?


La réponse donnée par l’article à la question 1/ est : ‘58% des réservoirs à l’échelle de l’ensemble du territoire’. Mais compter des réservoirs n’est pas équivalent à mesurer une hauteur d’eau sur le territoire: d’abord les réservoirs ont sans doute des tailles différentes et 50% des réservoirs ne représentent pas 50% de la capacité d’eau.

Ensuite et surtout, même si 100% des réservoirs étaient disons à 5% au-dessous de la moyenne, le Figaro annoncerait un deficit de 100% alors que la réalité de la situation hydrologique serait un deficit de 5% !!


Quant à la question 2/, imaginons un instant que la hauteur moyenne des réservoirs d’eau français mesurée au 15 mars sur les 10 dernières années ressemble à ça (dans une certaine unité)

hauteurdeau

 

Si pour 2011 la valeur est de 65 alors que la moyenne est à 75, est-ce que ça vaudrait la peine de paniquer ?

 

En toute rigueur, la question est un peu plus complexe: Le deficit en question n’est pas réparti équitablement sur le territoire, donc y a-t-il beaucoup de régions faiblement touchées par le déficit ou au contraire peu de régions mais sévèrement touchées ? Si le mois de mars est plus faible que la moyenne des mois de mars de ces dernières années, à quelle vitesse un déficit (ou un surplus ) se régule-t-il d’un mois sur l’autre avec les pluies et périodes sèches ?
A cette dernière question, l’article répond à demi-mots : ‘la situation a commencé à se dégrader durant l'hiver avec un léger déficit qui est devenu très important en ce début de printemps’ – en peu de temps le niveau baisse fort, ce qui laisse supposer qu’en peu de temps il doit aussi pouvoir remonter.


Conclusion ? Eh bien toutes ces données faiblement informatives ne servent qu’à introduire un sujet d’actualité : ‘les agriculteurs sont inquiets’, ‘le département d’ Essonne-Maritime-Inférieure a pris un arrêté de restriction d’eau’, ‘Les pluies qui arrivent après le mois de mars servent la nature, pas les nappes phréatiques (sic)‘ (on en déduit en passant que les nappes phréatiques ne sont pas naturelles…).

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Commenter cet article
N
<br /> <br /> Nous savons que 40% des électeurs se rendent dans l'isoloir,  que 25% des électeurs de chaque camp ont le coeur qui balance jusqu'au dernier moment et que le choix du champion<br /> se joue à environ 5% des votes exprimés.<br /> <br /> <br /> Nos chers "champions", pour s'assurer  une place à la bonne table, doivent "toucher" environ 5 pour mille électeurs bon an mal an .<br /> <br /> <br /> Une histoire ou une annonce sensationnelle ayant la forte probabilité de tomber dans l'oreille d'un électeur ou d'un lecteur peu critique , c'est une litote ou un pléonasme, "champions et<br /> journalistes, feraient preuve d'un excès d'honnêteté intellectuelle en ne profitant pas de l'occasion.  <br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br /> <br />
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C
<br /> <br /> Et surtout, ne pas oublier de couper l'eau quand vous vous lavez les dents !<br /> <br /> <br /> <br />
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J
<br /> <br /> <br /> <br /> <br /> Autre exemple du jour d'innumérisme: la fameuse prime de 1000 euros minimum pour la moitié des salariés... Il a fallu attendre aujoud'hui pour que sur le blog du Monde, un journaliste fasse le<br /> calcul: à peine 25% des entreprises de plus de 50 salariés versent des dividendes, et parmi les plus grosses moins de la moitié ont versé des dividendes 2011 supérieurs à 2010. On est plus proche<br /> de 10% que de 50% des employés... Quant au montant, finalement ce sera 1000 euros MAXIMUM... et zéro minimum...<br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br /> <br />