Du risque zéro appliqué à l'éducation.
Admettons que le ministre de l'éducation soit sincère quand il annonce que le repérage des enfants "à risque" à la maternelle ne servirait qu'à "détecter la difficulté, pour faire en sorte que nous apportions une remédiation."
Admettons qu'il ne s'agisse pas d'une tentative lamentable de brosser dans le sens du poil un président à l'agonie, qui prétendait pouvoir identifier les futurs délinquants dès l'âge de 3 ans.
Admettons que le ministre soit prêt à investir quelques millions d'euros dans l'embauche et la formation d'auxiliaires d'éducation en CDI chargés d'accompagner et de faire progresser les enfants qui auraient un peu de mal à former leurs lettres ou à ânonner " le préééé - zident est l'amiiiiii des zenfants".
Admettons même que le ministre croie en toute bonne foi que tous les enfants se développent à la même vitesse et qu'un enfant qui a du mal à lire à 6 ans sera un rebut de la société à 20.
Et donc admettons que le ministre soit animé des meilleures intentions du monde.
Il serait sans doute utile alors de rappeler à Monsieur le Ministre que lorsque Binet a établi ses tests de "quotient intellectuel" il y un siècle, c'était aussi dans le but louable de détecter les enfants en retard pour leur appliquer une pédagogie adaptée qui les ramènerait au bon niveau. On sait ce qu'il est advenu de ces tests, au mieux outil de rangement définitif dans des boîtes du type "attardé mental", et au pire prétexte aux délires eugéniques hitlériens.
Admettons que le ministre soit sincère; comment peut-il jurer que ses successeurs le seront autant ?