Condamner pour l'exemple ?

Publié le par Jazz

Chaque fois que la justice se trompe d'objet, qu'elle juge quelqu'un d'autre que l'individu poursuivi, ou quelque chose d'autre, elle se dénature. Juger un homme, et plus encore ne juger que cet homme, est de l'ordre de l'impossible. La tentation permanente est de lui substituer un autre objet, plus accessible, plus facile, plus conforme à nos schémas ordinaires, qui évite l'angoisse d'avoir à tenter de comprendre qui est cet homme et ce qui est arrivé réellement.

(...)

Le souci d'exemplarité est un des meilleurs moteurs de substitution. il n'y a pire injustice que cette prétendue justice exemplaire. On ne juge plus l'auteur d'une infraction mais un objet de dissuasion. Tous les régimes autoritaires ont voulu faire de la justice une donneuse de leçon et des juges d'ardents propagandistes de leur politique. Presque tous les législateurs ont succombé à cette tentation, persuadés que le crime reculerait à la vue d'une plus grande souffrance du condamné. Mais le châtiment-spectacle n'a jamais servi qu'à assouvir un besoin d'ordre. Combien de voleurs à la tire en pleine action dans ces foules qui assistaient aux supplices des voleurs ?

 

Serge Portelli, vice-président du tribunal de grande instance de Paris, "Juger", Ed. de l'Atelier, 2011

Publicité
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article