Sécurité routière: encore un accrochage !
Mais cette fois, il a eu lieu sur mon forum de motards entre les tenants du "ya trop de fous à motos, c'est normal de réprimer", appelons-les les légalistes et les "on sait ce qu'on risque, pas besoin que les flics nous le rappellent à tous les coins de rue", appelons-les les libertaires. Etonnant d'ailleurs que ce "débat" récurrent n'encombre pas plus souvent le forum - mais il faut dire que sur ce forum la moto est avant tout un prétexte à déconnade.
Je me suis gardé d'intervenir, vu mes opinions assez tranchées en la matière, mais il est intéressant d'analyser les arguments mis en avant de part et d'autre.
On peut déjà remarquer que les arguments libertaires avancés sont plus nombreux que les légalistes (11 contre 7). A défaut de l'image du motard rebelle, c'est au moins l'idée que la moto est une zone de plaisir et de liberté qui transparaît sous les propos libertaires.
Les légalistes défendent que:
• La société a besoin de se protéger contre les individus: les accidents coûtent cher au contribuable ("la Sécu est mise à contribution pour payer les prothèses") , et ils tuent des innocents ("choc contre piéton")
• "Les chiffres le prouvent" (taux d'accident, calcul de distance de freinage,...)
• Les individus sont a priori dangereux, voire fous ("la plupart des accidents sont la conséquence de manquements délibérés aux règles de sécurité"), il faut se protéger (et aussi les protéger) d'eux ("moins il y aura de fous, mieux ça vaudra").
• C'est grâce aux mesures de sécurité que les accidents sont moins nombreux ("les pilotes d'avion sont respectueux des règles de sécurité aérienne, donc, il y a très peu d'accidents")
• Il suffit d'un accident pour montrer à quel point les mesures de sécurité routière sont indispensables ("je ne veux pas avoir à dire à des parents que leur fils est mort"), il faut viser le zéro-mort.
• L'accident est un évènement certain, nous serons tous concernés un jour ("si je suis encore ici, je le dois au fou que je n'ai pas encore rencontré sur mon chemin"; "dans mon job je suis fréquemment confronté aux dégâts de la route ")
C'est donc une vision pessimiste de la nature humaine (dangereuse) et de l'avenir (menaçant) qui s'exprime ici, et qui s'appuie sur quelques certitudes rassurantes (efficacité des mesures) pour contrebalancer par du rationnel (chiffres) l'émotionnel brut (le jeune tué dans un accident).
De leur côté les libertaires arguent que:
• L'individu a besoin de se protéger contre la société, qui tend à envahir son domaine ("j'aime bien la charcuterie, le pinard et les alcools, j'ai fumé 2 à 3 paquets de clopes pendant 20 ans, j'aime rouler vite, je n'aime pas que l'on coupe les arbres sur les bords des routes même si quelqu'un est rentré dedans, je suis contre les barrières obligatoires autour des piscines, j'abhorre les gilets jaunes, je ne supporte pas le politiquement correct et le principe de précaution")
• Les mesures de sécurité routière servent avant tout à faire diversion des vrais problèmes, l'Etat nous manipule ("la répression va augmenter pour nous piquer un peu plus de pognon"; "dès que les chiffres sont mauvais (chômage, balance commerciale, ...), on nous remet une couche de répression, ça rassure le bon peuple sur l'efficacité des gouvernants")
• Les mesures de sécurité ne sont pas efficaces ("Il est bien évident que les radars luttent efficacement contre les drogués et les soûlards !"; "il n'y a pas de radar anti-cons..... Alors faut bien trouver autre chose pour que les gouvernements essaient tout de même de se donner bonne conscience")
• En éduquant les gens, ils utiliseront leur jugement et ce sera plus efficace que d'obéir aveuglément aux règles ("un tomobilisse dans sa ouature, 9 fois sur 10, il ne tient pas compte du milieu dans lequel il évolue !!!"; "perso, je m'adapte au trafic. Et si la route est ouverte, mes gaz le sont aussi."; "Si mon fils meurt sur la route c'est à moi d'expliquer, d'éduquer et de montrer. "; "Il faut arrêter de confondre prudence et lenteur, respect et abêtissement,..... Trop de gens pensent être "bon conducteur" parce qu'ils "respectent" des règles débiles.")
• Il faut accepter une part de risque dans toute activité humaine ("4 ans de SMUR en région parisienne ... le seul truc à dire, arrêtez la moto les gars, c'est dangereux ... Mon garage est vide"
C'est donc aussi une vision pessimiste, mais surtout de l'Etat (manipulateur, incompétent), alors que l'humain est vu avec une bienveillance non dénuée d'utopie (il peut apprendre) et n'est accusé que d'être craintif (refus du risque).
Finalement, là où le libertaire va dire "améliorons l'homme, la société ira mieux", le légaliste répond "améliorons la société, l'homme en profitera". Là où le libertaire va dire "il va pleuvoir, allons vite nous promener avant", le légaliste répond "il va pleuvoir, construisons un abri". Là où le libertaire va dire "On n'a qu'une vie, il faut la vivre", le légaliste répond "On n'a qu'une vie, il faut la préserver".
Ca amène donc tout de suite à la question existentielle de base: "pourquoi vit-on?". Et là, tous répondent en choeur "pour faire de la moto!". C'est ici, précisément, que les forums de motards se détachent de la réflexion philosophique...
Merci à Baban, Grison, JJ49, la Baronne rouge, Letotor,The Best, Vitzek, Vizir pour leurs contributions - involontaires.