Parler pour ne rien dire
Vous avez sans doute remarqué, comme tout le monde, cette fâcheuse propension à parler pour ne rien dire qui, dans ce siècle de "communication", a envahi l'un après l'autre tous les aspects de nos relations sociales, depuis la simple conversation à bâtons rompus jusqu'aux lourds best-sellers de littérature moderne dont il serait quasi-inconcevable de nos jours qu'ils fassent moins de 600 pages - s'agissant même d'un simple polar - en passant par le cinéma et ses longs-métrages qui portent bien leur nom, sans oublier bien sûr les fameux réseaux dits sociaux où chacun s'évertue à prouver au monde entier à quel point sa vie est passionnante en publiant qui un tweet, qui un post de blog, qui un commentaire sur un mur facebook, tous également dispensables et superflus et ne servant qu'à alimenter un continuel brouhaha auditif et visuel dont se sont rendus maîtres, en particulier, nos chers hommes (et femmes) politiques, qui nous submergent de discours creux avec pour seule intention de nous faire croire qu'ils agissent puisqu'ils parlent, et dont les petites phrases alimentent à leur tour maint commentaire de politologues, journalistes, commentateurs ou bloggers comme si le monde devait se résumer en une longue alternance de monologues en guise de dialogues pour masquer la désespérante absence de réflexion de fond et de prise de distance, comme si chacun ne cherchait qu'à s'enivrer de mots, comme si le but n'était, en somme, que de prouver qu'avec des virgules on peut écrire une phrase de deux cent cinquante-huit mots et environ mille six cent caractères comme celle-ci.