Kipling: Si (if)
Un poème dont le titre (français ou anglais) et l'auteur n'utilisent que la voyelle i méritait bien d'être passé à la moulinette du Lipogramme en i !
AU CAS OÙ...
Au cas où un cyclone effondre ton château
Et où, sans une parole, tu te mets à réparer,
Ou quand tu perds cent sacs d'un seul coup au loto
Sans un geste, sans te mettre à râler;
Au cas où, amant certes, tu n'es pas fou d'amour,
Où tu peux être fort sans cesser d'être tendre,
Te sentant détesté, être cool en retour,
Pourtant lutter et te défendre;
Au cas où tu supportes d'entendre tes paroles
Colportées par des gueux pour énerver des sots,
Et d'entendre, de plus, baver leurs bouches folles
Sans que tu baves même d'un seul mot;
Au cas où tu t'en tapes que d'autres te vénèrent,
Où tu peux rester peuple en face d'Obama,
Au cas où tous tes potes comptent autant que des frères
Sans prendre aucun pour ton papa;
Au cas où tes pensées, ou ce que tu observes
Ne te rendent pas sec, pas plus que destructeur,
Où tu rêves sans être dévoré par tes rêves,
Pensant sans n'être qu'un penseur;
Au cas où tu es dur sans pourtant être en rage,
Où tu peux être brave, sans être fou pourtant,
Où tu peux être bon, où tu veux être sage,
Sans être moral ou pédant;
Au cas où tu acceptes la gagne comme la perte
Et regardes ces deux menteurs d'un même front,
Où tu peux conserver ton courage et ta tête
Quand tous les autres les perdront;
Alors les Empereurs, la Chance et le Succès,
Resteront pour toujours tes modestes servants
Et, plus fort que César, Amour ou Renommée,
Tu seras un Homme, mon enfant !