Les durs et Lamu
Je ressens encore le malaise qui m'avait saisi en 2002 au Kenya, quand j'avais traversé un bidonville de Mombasa qui jouxtait l'hôtel où nous logions, à l'issue d'un safari photo. Entre les murs de l'hôtel, luxe et douceur de vivre entre touristes, servis par moult domestiques kenyans. A l'extérieur, foule et misère, un seul robinet d'eau à peine potable pour plusieurs centaines de familles entassées dans des cases en tôle, les familles de ces mêmes domestiques. Et ce n'est pas la poignée de dollars que nous avions sur nous ce jour-là qui allaient y changer quelque chose. Les affamés campaient aux portes du palais où les assiettes sur-remplies repartaient à moitié pleines aux cuisines.
Je ne sais pas à quoi ressemble l'île de Lamu mais comment s'étonner que dans le pays frontalier, à quelques dizaines de kilomètres de là, un des pays les plus pauvres du monde, où sévit une famine dantesque, des bandes de voyous aillent arracher des rançons aux occidentaux qui s'installent là pour profiter du soleil à peu de frais?
Ca n'excuse rien de la lâcheté de l'agression, a fortiori dirigée contre une femme handicapée.
Mais ça démontre l'ampleur du décalage entre la misère perçue et l'image qu'ont fini par donner les Blancs, qui se voient maintenant transformés en objets de luxe, en monnaie d'échange.
Ce genre de situation a toutes les chances de se reproduire tant que les habitants des pays riches persisteront à se croire les propriétaires du monde.