Espérance de vie ou espérance de mort ?

Publié le par Jazz

Des chercheurs de l'université de Californie, selon une publication de The Journal of the American Medical Association, ont mis au point une échelle d'évaluation de l'espérance de vie d'un patient selon divers critères. Par exemple, une personne de plus de 80 ans qui cumule insuffisance cardiaque congestive, reins défaillants, perte de poids et d'appétit, capacités cognitives déclinantes et besoin d'assistance quotidienne a 69 % de chances de mourir dans les six mois.

Les bonnes âmes pourfendeuses de l'acharnement thérapeutique y voient un excellent outil pour aider à décider d'abréger les soins et donc... les souffrances.
Bien.
Question numéro 1: à partir de quelle probabilité de survie à 6 mois va-t-on décider d'arrêter de soigner tonton Marcel ?
Question numéro 2: prenons une personne de 80 ans qui n'a ni insuffisance cardiaque congestive ni reins défaillants ni perte de poids ni capacités cognitives déclinantes ni besoin d'assistance quotidienne, quelle est sa probabilité de mourir dans les 6 mois ? Ca serait pas 68%, par hasard?
Ensuite, 69% de chances de mourir, ça laisse 31% de chances de survivre. Ca me parait bien suffisant pour qu'on continue à s'intéresser à tonton Marcel. Parce que les raisonnements statistiques se heurteront toujours au cas particulier: si en moyenne sur 1000 personnes dans le même cas, 690 meurent dans les six mois, ça veut dire que 310 survivront, peut-être même 20 ans de plus pour certaines. Dont tonton Marcel.
Au final, ce genre d'étude pourrait engendrer une magnifique prédiction auto-réalisée: laissons sans soins les patients à faible espérance de vie et on démontrera vite qu'ils étaient effectivement à faible espérance de vie...

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