Cours de Sciences de la Vie et de la Terre, Leçon 19 - Le Ralentisseur
Notre étude extensive et scientifique du biotope du motard va s'intéresser aujourd'hui aux moeurs d'un autre parasite commun: le ralentisseur.
Perspective historique. Comme toutes les espèces vivantes, le motard (et l'automobiliste, son cousin moins évolué) a connu une expansion forte dans les années qui ont suivi son apparition, avant que sa prolifération (et plus encore celle de son cousin) ne sature son espace vital. Au cours des années de développement, un soin important, assorti des crédits ad hoc, était apporté par les Pouvoirs Publics à l'état des routes qui passèrent du statut de chemin de terre à celui de chemin empierré, puis gravillonné (voir à ce sujet la leçon numéro 13), puis goudronné. Le motard put alors s'en donner à coeur joie et profiter sans arrière-pensée des courbes délicieuses dont le relief agrémentait sa trajectoire, lui offrant ici une grande et longue courbe, là une enfilade de virages serrés, voire une épingle aiguë surplombant la verte vallée où un souffle de zéphyr à peine bruissait dans la ramure tandis qu'il pouvait jouir à loisir du spectacle du frais vallon dont le ruisseau chantant serpente entre les vertes prairies où paissent les troupeaux gourmands. Bref, tout allait très bien.
Trop bien. Tant de bonheur, c'était insupportable, il fallait corriger cela.
Développement Industriel: Les Pouvoirs Publics se mirent alors à l'oeuvre pour que la belle route large, lisse et libre ne le reste pas et à force de sélection génétique créèrent une multitude de parasites des chaussées, tels que chicanes, pots de fleurs en bois, haricots, buttes en pavés, poteaux en plastique, bref tout un bestiaire pour que chaque kilomètre où on pouvait jusqu'alors rouler insouciant se transforme en parcours de gymkhana. Bien sûr, faire des routes bien lisses coûtait des sous, et y ajouter tout un tas d'obstacles après coup coûtait encore plus, mais comme entre-temps le motard et son cousin avaient appris à payer leurs impôts à la pompe à essence, au final il y avait de quoi financer les pots de fleurs et les haricots.
Et les ralentisseurs. Car, nous avons gardé le meilleur pour la fin, le nec plus ultra des parasites routiers, c'est lui.
Typologie: Il existe plusieurs variétés de ralentisseurs. La plus anodine est la bande rugueuse en gravillons collés, habituellement disposée en troupeaux alignés, qui ne produit qu'une petite vibration peu apte à envoyer le motard au tas.
Le gendarme couché, lui, présente plusieurs intérêts; outre son habileté à démolir les amortisseurs à force de talonnage, il permet d'intéressants décollages et des pertes de contrôle d'autant plus spectaculaires que le sommet dudit gendarme est parfois l'endroit rêvé pour implanter un passage pour piétons en face de l'école; il est aussi une bonne occasion pour que les camions de gravillons (encore eux) sèment une partie de leur chargement, juste là où on a le plus besoin d'adhérence. On peut dire pour résumer que le gendarme couché n'est pas plus sympathique que le gendarme debout.
Mais il y a encore plus efficace dans le genre parasite vicieux: le coussin berlinois, qui n'est pas un succédané de la brouette japonaise; placé en plein milieu de la voie, ce machin biseauté est destiné à ralentir les voitures sans gêner les autobus, les deux-roues n'étant pas entrés dans l'équation de sa conception; les jours de pluie, c'est un régal d'assister aux glissades des deux-roues qui l'empruntent par le côté biseauté; c'est encore mieux quand on peut planter un poteau en plastique à côté pour les empêcher de contourner l'obstacle, mais faute de poteau, les voitures qui arrivent en face font déjà un travail de dissuasion très efficace.
On frémit en songeant à ce que donnera le gendarme-berlinois-couché-sur-des-coussins le jour où les manipulations génétiques arriveront à créer un hybride viable!...