Cours de Sciences de la Vie et de la Terre, Leçon 13 - Le Gravillon

Publié le par petitsriens.over-blog.fr

Le gravillon est l'ultime descendant d'une branche très ancienne des Minéralidés. Apparu dès avant l'antiquité grecque, la légende rapporte que Sisyphe fut condamné par les dieux à monter une pente en poussant indéfiniment un gravillon qui, arrivé en haut, redévalait derechef. C'est grâce à ses ancêtres, les cailloux (de l'anc. franç. cavillon) que les nôtres découvrirent le feu. Plus tard, ce fut le jeune David, précurseur de la Première Intifada, qui abattit le géant Gogoliath d'un gravillon adroitement tiré entre les deux yeux. On comprend donc à quel point le destin du gravillon fut de tout temps intimement lié à celui de l'homme. Et en particulier du motard, qui est comme chacun sait, l'avenir de l'homme.
De nos jours, en effet, le gravillon est devenu un élément essentiel du biotope routier. Quand, aux premiers bourgeons, l'asphalte meurtri par les gelées hivernales exsude lentement les jeunes gravillons de l'année dans le frais des virages ombrés, le motard étourdi redécouvre grâce à lui la sensation enivrante de la glisse des deux roues et peut aller se vautrer avec délices dans l'herbe tendre des bas-côtés pour une étude botanique attentive en gros plan.
Le jeune gravillon sauvage, qu'il ne faut pas confondre avec le gravier de remblai, d'allure plus grossière, est malheureusement une proie de choix pour les pneumatiques. Ces prédateurs se jettent sur lui sans qu'il ait le temps de bouger, pour l'emprisonner dans de profondes rainures que la nature a faites d'une largeur légèrement inférieure au diamètre du gravillon et arracher le gravillon sauvage sans vergogne à son berceau. La population exponentiellement croissante de pneumatiques risquant d'effacer définitivement le gravillon de la surface des routes, le Bureau Interministériel de l'Ecologie Routière Economique a donc lancé un programme ambitieux de repopulation du milieu routier.
Aux périodes estivales, quand le bitume départemental fond doucement, il est ainsi fréquent de voir des hordes de gravillons d'élevage recouvrir les chaussées, sur quelques centimètres. Notablement plus gros que la variété sauvage, grâce à l'efficacité de la sélection génétique, le gravillon d'élevage résiste mieux aux prédateurs pneumatiques qui ne peuvent que le disperser et le rassembler malicieusement sur la trajectoire du prochain motard étourdi, qui redécouvre grâce à lui la sensation enivrante etc...
On ne peut que déplorer, néanmoins, que cette variété, élevée en carrières, peut-être même loin de nos frontières, transportée par millions dans des conditions de promiscuité révoltantes, jetée au sol avec violence, ne finisse, en s'enfonçant doucement dans le goudron, par étouffer l'espèce autochtone.
On peut surtout regretter le temps où les routes, recouvertes d'un asphalte lisse et de bonne qualité, permettaient au motard de s'en donner à coeur joie et sans arrière-pensée dans les virolos départementaux, sans avoir à se livrer à une étude botanique etc..

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Publié dans Farfeluteries

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