A quand une Journée Mondiale de la Journée Mondiale ?

Publié le par Jazz

Journée des droits  de la femme, Week-end du Téléthon, Journée du patrimoine, le rythme de vie des anciennes générations était calé sur la lune et les saisons, désormais c'est chaque minorité, chaque groupe de pression, chaque confrérie qui décrète SA journée.

Et comme 365 jours ne suffisent pas, le 3 décembre est ainsi la Journée des Personnes Handicapées et du Cinéma Indépendant (dédiée au Cinéma pour Non-Voyants ?), tandis que le 1er octobre était la Journée de l'allaitement maternel, des personnes âgées et de la musique - pour laquelle le Ministère du 3ème, 4ème et 5ème Age, des Arts et de la Maternité a organisé un grand concert au profit des Nourrices pour Impotents et Grabataires.
Alors qu'en juin, on célèbre plutôt la Journée de la lenteur, du vent, du tricot, des océans, ou du tourisme responsable (je ne sais pas s'il existe aussi une journée du tourisme irresponsable), à l'approche de Noël, c'est particulièrement la charité qui est à l'honneur, avec pêle-mêle sur moins d'un mois, les Journées de la solidarité humaine, de la coopération sud-sud, des migrants, des droits de l'homme, du bénévolat, de la trisomie 21, des enfants des rues, de solidarité avec le peuple palestinien, de lutte contre le sida, pour l'abolition de l'esclavage et bien sûr le Téléthon,...
Bref à chaque jour son appel aux dons, ses témoignages émouvants, son opération sensibilisation, vite zappée le lendemain au profit d'une autre. Or, si une sollicitation efficace me convainc de donner contre l'hypertension ou contre le sida, pourquoi ne pas donner aussi contre le cancer, conte la tuberculose, contre l'herpès, contre les Broncho-Pneumopathies Chroniques Obstructives ? Comment choisir ? Pourquoi choisir ? Doit-il y avoir concurrence entre des causes aussi justes les unes que les autres ? Comment échapper à la culpabilité de donner à l'un et pas à l'autre ? En ne donnant rien à personne ? Et donner quelques sous me dédouane-t-il de réfléchir à la façon de contribuer à améliorer le monde sur le long terme ?

 

Cet éparpillement des appels à la prise de conscience instantanée mais éphémère, à la générosité par l'émotion plutôt que par la raison, finit par nous empêcher de regarder notre rapport au monde sous son aspect global et selon nos propres priorités.


Car d'un côté, pourquoi  faut-il autant d'appels à la générosité individuelle  sur des sujets, la santé, l'éducation, les droits de l'homme,  où le rôle des Etats est primordial et s'ils le veulent, efficace ? N'est-ce pas justement le signe qu'ils ne le veulent pas, le signe d'un désengagement des Etats ? J'attends du gouvernement de mon pays qu'il assure ces fondamentaux à ses citoyens - et  aussi qu'il les favorise dans les autres pays. Alors est-il normal que les collectivités publiques ne versent que 1,5 million d'euros par an à l'AFM alors que le Téléthon lui rapporte 100 millions ? Et à ce compte, que peuvent espérer glaner les causes qui ne peuvent pas afficher un pauvre corps difforme à une heure de grande écoute sous les sunlights d'un plateau télé, quid des prisonniers d'opinion, quid de la déshydratation et de la diarrhée, responsables de 17% des décès d'enfants de moins de 5 ans dans le monde, quid de l'analphabétisme qui dépasse 50% de la population dans moult pays d'Afrique ou d'Asie ?


Surtout, éteignons un instant la télé et en tant que citoyen de la Terre, demandons-nous ce que nous pensons nécessaire pour que le monde aille mieux dans son ensemble. Améliorer la santé dans les pays pauvres, promouvoir l'éducation, lutter contre la faim, combattre la dictature et favoriser la démocratie,... Emietter ses contributions est-il le meilleur moyen d'y arriver ?


Ne vaut-il pas mieux :
1.    Cesser de donner 50 euros à Noël  à ceux qui savent le mieux nous remuer les tripes avec un regard éploré d'enfant.
2.   Faire pression sur nos gouvernements pour qu'ils s'engagent fermement sur les fondamentaux, qu'ils financent eux-mêmes la recherche scientifique, qu'ils assurent des conditions de vie correctes à tous, et qu'ils consacrent une partie notable de leurs moyens et de leur influence à aider les autres pays moins favorisés à le faire.
3.    Choisir une ou plusieurs associations sérieuses et mettre en place  pour chacune  un don automatique et mensuel, qui seuls leur permettent d'entreprendre des actions de fond - et qui en répartissant les revenus sur l'année réduisent aussi le gâchis.
4.    Et comme l'argent ne peut pas tout, consacrer si possible une partie de notre temps à agir concrètement sur le terrain.

 

C'est de cette façon seulement que nous pourrons faire en sorte que la Journée pour, disons, le Travail Décent, ne soit pas juste le moyen de se satisfaire de 364 jours sans travail décent. Plutôt que de créer la Journée mondiale des Journées mondiales, oeuvrons pour un meilleur-être pour tous les humains, en continu et globalement. Tiens je vais mettre ça dans ma lettre au Père Noël.


Pour le fun, la liste complète est ici :
http://www.journee-mondiale.com/

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