Vieux comme le monde
S'entendre demander à chaque repas « tu prends du vin ? » et répondre gentiment non, sans ajouter « tu sais bien que je n'en prends jamais »,
Quand on capte un regard désemparé, sourire pour faire naître un sourire en retour,
Accepter qu'une heure puisse en paraître deux dans un milieu inhabituel et apaiser l'angoisse qui monte,
Prendre au naturel les sautes d'humeur impromptues en public,
Persister malgré tout à provoquer de temps à autre la confrontation au public,
Stimuler la réflexion par des jeux de mots, des questions,
Ne pas prendre au tragique d'un jour, bientôt, ne plus être reconnu,
Ni que les sautes d'humeur puissent évoluer en trouble du comportement,
En attendant, souligner avec joie toutes les mémorisations réussies,
Guetter la prochaine occasion d'être surpris par une réflexion astucieuse,
Se rappeler à chaque instant ce que ce vieil homme recroquevillé sur sa chaise faisait encore il y a quelques années,
Savourer chaque chose qu'il arrive encore à faire,
Continuer à le regarder comme votre père et non comme un Alzheimer,
Garder l'espoir d'une amélioration, d'une rémission,
Continuer à l'aimer pour ce qu'il a été et donc qu'il est, au fond,
Et montrer à votre mère qu'on réalise ce qu'elle vit à s'occuper de lui au quotidien.