Penser ou croire
Pour un individu élevé dans la traditionnelle culture chrétienne, la notion d'une religion sans dieu est une contradiction dans les termes. Car ce qui fonde cette religion, tout comme le régime hyperprésidentiel de la 5ème république française, c'est l'axiome d'un être providentiel, unique, tout-puissant, qui édicte des lois auxquelles les hommes ordinaires doivent se soumettre et qui les juge en permanence. Ce dieu a droit de vie et de mort sur eux et chacune de leurs actions s'évalue selon ce qu'il en pense, lui.
Le bouddhisme désarçonne ces individus-là. Pas par ses principes de base, compassion et amour d'autrui comme n'importe quelle autre religion. Mais voici une religion dont le principal maître à penser était un homme sans racines divines. Qui a édicté ses principes non pas sous la forme de tables tombées du ciel mais à l'issue d'une longue réflexion. Et qui affirme que ses principes ne doivent pas être crus aveuglément mais réfléchis, pesés et discutés. Autrement dit une religion optimiste, qui fait le pari que l'homme ordinaire a les moyens de réfléchir et de se faire sa propre opinion.
C'est sans doute pour cette raison qu'en occident le bouddhisme est autant considéré comme une philosophie: une religion de la pensée plutôt que de la foi.