Eté, période des rediff'
L'armée a mis au point la plus belle création du génie humain, j'ai nommé la marche au pas.La marche au pas, c'est la vraie différence entre l'homme et la bête. D'ailleurs aucune bête ne marche au pas. Si, l'oie.
L'ordonnance sur l'exercice et les manoeuvres de l'infanterie, qui date de la fin du 19e siècle et qui n'a d'ailleurs jamais été égalé, ni en ce qui concerne la qualité du style ni en ce qui concerne l'efficacité, reste à ce jour le plus bel hymne à la marche au pas que l'homme ait jamais créé. Jugez plutôt.
La longueur du pas ordinaire est de 75 cm, d'un talon à l'autre talon, et la vitesse du pas sera de 76 pas par minute. L'instructeur voyant la recrue affermie dans la position, lui expliquera le principe et le mécanisme du pas en se plaçant en face du soldat, à 7 pas de lui. En même temps qu'il expliquera le principe, l'instructeur exécutera lui-lmême lentement le pas. L'instructeur dira premièrement 'en avant', deuxièmement 'marche'. Au premier commandement, 'en avant', le soldat portera le poids du corps sur la jambe droite. Au second commandement, 'marche', le soldat portera vivement, mais sans secousse, le pied gauche en avant à 75 cm du pied droit, le jarret tendu, la pointe du pied un peu baissée et légèrement tournée en dehors, ainsi que le genou. Il portera en même temps le poids du corps en avant et posera sans frapper le pied gauche à plat exactement à la distance où il se trouve du pied droit tout le poids du corps se portant sur le pied qui est déjà posé à terre. Le soldat passera ensuite vivement mais sans secousse la jambe droite en avant, le pied passant près de la terre, et posera ce pied droit à la même distance et de la même manière qu'il vient d'être expliqué pour le pied gauche, et le soldat continuera ainsi de suite un pied après l'autre SANS QUE LES JAMBES SE CROISENT.
J'aurais bien aimé, moi, être reporter de guerre...
- Allo?... Allo... Allo... z'enfants de la patrie? Bonjour. Ici Pierre Desproges, à l'heure où je vous parle, le jour de gloire est arrivé, et l'étendard sanglant de la tyrannie est... heu... ah, je pense que nous ne sommes pas en mesure de vous montrer l'étendard sanglant de la tyrannie... Ah? Ah, voici, il est levé contre nous.
- Meueueueueuh
- Ah, je pense que vous entendez comme moi dans nos campagnes mugir ces féroces soldats.
- Meueueueueuh
- Euhhh, monsieur vous êtes, euh... vous êtes petit exploitant agricole et apparemment vous êtes mécontent...
- C'est-à-dire que, voyez-vous, il viennent jusque dans nos bras, n'est-ce pas...
- Ah oui, et qu'est-ce que... c'est France Inter, là... et qu'est-ce qu'ils font, jusque dans vos bras ?
- Eh bien, comme vous voyez, ils égorgent nos filles et nos compagnes...
- Ah ouais...
- Et le gouvernement ne fait rien
- Et que préconiseriez-vous, monsieur?
- Ecoutez, je pense que ce serait une bonne chose de former nos bataillons
- Oui?
- Et de faire couler un sanguinmpur
- Mais dites-moi, c'est bien joli, mais ya... faire couler un sangimpur, ça présente pas un danger de pollution ?
- Pensez-vous, c'est très bon, pour abreuver nos sillons
Extraits du Tribunal des Flagrants Délires (Desproges, avec la participation de Luis Rego), il y a une trentaine d'années...